La cuvée levroutée, reine des mâcon-clessé.
|
|
A première gorgée, on ne peut croire que le mâcon-clessé
1986, cuvée levroutée, de Jean Thévenet ne soit qu’un
simple mâcon. La vérité, c’est qu’il s’impose une productivité
trois fois inférieur à ses voisins.
|
|
Mâcon-clessé de Jean Thévenet, « cuvée levroutée 1986 ». Ce clessé là n’a rien en commun
avec les mâcons qui font couler la vigne comme on provoque
une innondation dans l’appartement du dessous.
Le « levrouté » (synonyme du « figuier »
des Bourguigons) est réalisé à partir de raisins surmaturés,
avec un pourcentage variable de botytris, la pourriture
noble du Sauternais ( en 86, c’était 50%). « Ce n’est
pas moi, explique le viticulteur, impavide, qui pratique
des vendanges tardives, ce sont les autres qui se livrent
à des récoltes bien trop prématurées. » Thévenet a commencé à vendanger son 86 le 12
octobre, avec 14°6 probables.
Dans une dégustation aveugle, personne ne songe que le
clessé de Thévenet puisse être un simple mâcon. Trop de
chaleur communicative, un trop noble épanchement de glycérine.
|
 |
 |
Dans un restaurant, un jour, le nez de Claude Chabrol,
qui investit pourtant sans faiblesse les verres, s’allongeait
de doute : « Vous plaisantez, disait-il au sommelier,
ce n’est pas un mâcon mais au moins un puligny-montrachet,
et du meilleur tonneau . » Il n’en revenait
pas des arômes, de l’équilibre du vin, de sa maturité
tranquille qui traverse les années de cave. A rebours
des tendances locales.
|
|
La vérité, c’est que Jean Thévenet s’impose une productivité
trois inférieure à ses voisins (d’où l’effet sur les prix,
trois fois supérieurs).
Le « levrouté » 86 résulte d’un rendement
de 30 hectolitres à l’hectare (contre 95 parfois dans
les vignes mitoyennes de Viré).
|
 |
|
Aussi, ses pratiques traditionalistes
bluffent-elles chaque année les confrères. Installé depuis
plusieurs générations dans le village de Quintaine (« le
mot de quintaine, rappelle-t-il, désigne un souffre-douleur
comme le mannequin qui servait aux cavaliers pour qu’ils
s’initient à la lance ») , Jean Thévenet s’est habitué
à être incompris.
Jean-François Werner
Libération (Décembre 1990)
|
|
|